DE LA NOBLESSE DU 15 OCTOBRE A LA BARBARIE DU 15 SEPTEMBRE
Bizerte, ville martyre, Bizerte, ville de l'ultime bataille, Bizerte devient le temps d'une journée une ville barbare, une ville de l'enfer. Dans un parking où des jeunes et moins jeunes, s'apprêtaient à rentrer rompre leur jeûne avec leurs familles, des briques, des pierres, des bouteilles ont commencé à fuser de partout. Le public clubiste, victorieux, humble, n'a rien fait pour provoquer ses adversaires. Pourtant le parking se transforme en abattoir, panique générale, peur, rancune, désarroi, les forces de l'ordre n'y pouvaient rien, par passivité selon certains, par manque de moyens aussi, peut être qu'ils ne s'attendaient pas à une telle hystérie collective, à un débordement barbare inadmissible et inexplicable, à du banditisme à l'échelle d'une ville, où des flots de haine s'envoyaient à travers le ciel pour atteindre un malheureux parking avec des simples supporters, une ambiance à feu et à sang, une sorte de 68 de la bêtise, comme la révolte des ignares, de la haine injustifiée, une folie meurtrière.
Un enfer, conduit par son président, ce Sergent Karoui, qui rentre sur le terrain tel un bandit, et qui, qu'on le veuille ou non, a contribué par son hystérie au débordement, les supporters cabistes n'auraient pas réagi de la sorti si leur président ne leur avait pas montré la voie. Si quelqu'un devait sauter, ça devrait être lui
Bizerte, ayant bénéficié l'année dernière de l'aide de tout le monde pour ne pas rétrograder en seconde division exprime sa gratitude par une arrogance bestiale et folle, le FTF devrait remettre cette équipe à sa véritable place
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ENJEUX, INTELLIGENCES ET ERREURS
Dès ce premier jour ce fut une grossière erreur.
Chérif Bellamine, après un long et pénible règne de 6 ans, avec un intervalle de Ferid Abbés de 2 ans, avait poussé à bout les supporters du Club Africain. Cas de longévité unique pour un bilan aussi médiocre, Chérif Bellamine, rentier, homme bon, mais d?une intelligence limitée qui en fait par conséquent un gestionnaire limité, a accumulé les échecs sportifs, a élevé le déficit du club à un niveau jamais atteint et s?est entouré de quelques uns des pires dirigeants que le club n?a jamais eu. Ce qui est sidérant dans toute cette histoire, c?est que Bellamine s?est accroché jusqu?à la dernière seconde à son poste de président. Ses pourvoyeurs de fond ne lui faisaient plus confiance, ni même les banques. Pire encore, les hôteliers, qui, selon quelques anecdotes rapportées par des dirigeants des sections jeunes, raccrochaient carrément le téléphone en entendant le mot club africain lors des réservations. Les supporters avaient beau scander leurs slogans vénéneux et acides à l?égard d?un homme dépassé par la situation, incapable d?y faire face, de relancer le Club le plus Populaire du pays, les anciens présidents du Club ne bougeaient pas le petit doigt pour prendre en main une situation des plus incroyables et absurdes du monde du sport : un club porté par des centaines de milliers de personnes, complètement livré à lui-même, endetté, et géré par un quasi analphabète. Le plus choquant dans l?histoire est le mutisme des instances sportives qui ne prirent aucune mesure pour changer la situation.
Quelque part, cette situation arrangeait tout le monde. Les autres grands clubs, gérés par des compétences, des dirigeants puissants financièrement et socialement qui ne pouvaient que profiter de la situation. Les anciens présidents du club sont désormais incapables d?assumer ce « fardeau » nommé Club Africain qui demande tant de moyens, de disponibilité, et surtout un éventuel manque à gagner pour leurs affaires, vu que présider le CA peut avoir des répercussions sur leurs activités avec leurs partenaires commerciaux ou leurs concurrents. Les instances sportives qui ne vont tout de même pas donner raison à la rue au moindre grognement. Tout cela avec la complicité des journalistes, médiocres dans l?ensemble, qui, mis à part des articles manifestant leur inquiétude « profonde » face à la situation alarmante du club n?ont jamais pris la peine, par lâcheté, complicité, copinage ou même bêtise, de critiquer, d?éclairer ou d?accuser quiconque. La masse non initiée, dans le sens où elle n?a pas la véritable connaissance des faits et des coulisses n?était pas au courant des véritables enjeux, rapports de force par la seule faute de la presse, ce gagne pain moisi à l?image des articles publiés par des pigistes sans scrupule, ou encore des articles non publiés par certains rédacteurs en chefs lâches, trop neutres ou trop complaisants.
Et puis un jour, un « mini mai 68 » a éclaté à l?aéroport de Tunis Carthage lors du retour de Chérif Bellamine et son moustachu fétiche, homme à tout faire et à tout défaire, « des carottes dans les cheveux, qui n?a jamais vu un peigne, qui est méchant comme une teigne, qui fait ses petites affaires, avec son petit chapeau, avec son petit manteau, avec sa petite auto, qui croit avoir l?air et qui n?a pas l?air du tout, faut pas jouer les riches quand on n?a pas le sou » ( Extrait de Ces gens là de Jacques Brel, un passage qui illustre parfaitement notre personnage). La foule était passée aux armes, la situation s?aggravait, le temps était venu pour révoquer un président qui avait battu le record des échecs et désillusions au Club Africain. Le tout se passe par des consultations, par des réunions entre le bureau du gouverneur et du ministère. Et puis la nouvelle se propagea, envahit tous les coins du pays à une vitesse ahurissante : Cherif Bellamine n?est plus président du Club Africain, son successeur s?appelle Kamel Iddir, son vice-président, et ce dans le « pur respect de la loi sur les associations ». Kamel Iddir, vice président fantôme, forcément complice de la situation, étant numéro 2 du club, que ce soit par l?approbation de la situation ou par le silence. Mais qu?importe, les clubistes voulaient juste un autre nom, un autre visage, une autre voix. Ce fut tout de même la grossière erreur, et le club en subira les conséquences encore pour quelques années.
Kamel Iddir, haut fonctionnaire, politicien introduit et ayant fait ses preuves dans les missions qu?on lui a ordonné se fait introniser Roi du Club Africain, détenant par conséquent le pouvoir d?appuyer sur un bouton essentiel, vital, un pouvoir énorme, celui de commander le bonheur et le malheur de centaines de milliers de personnes à travers le pays.
L?intronisation de Kamel Iddir à la tête du Club Africain est historique à plus d?un titre, c?est un tournant fondamental et hélas malheureux. Le plus inquiétant et le rapport vertical à deux niveaux qui s?est installé. D?abord vis-à-vis des anciens présidents, force morale et supposée financière club. Ces derniers, de part leur statut social et l?autorité de leur portefeuille ne considèrent plus le président du CA comme un des leurs, mais comme un exécutant, un subordonné trop dépendant financièrement. Ce rapport a engendré une vassalité inédite et quelque part méprisable, se manifestant par des remerciements et des éloges excessifs à leur égard, faisant de Kamel Iddir un président délégué, et ce par sa seule faute et sa manière de gérer ses rapports avec les barons du club. C?est un glissement vers une féodalité moyenâgeuse très dangereuse pour un club de la trempe du CA.
Ensuite, il y a ce rapport vertical vis-à-vis des autorités. En étant un haut fonctionnaire de l?Etat, Kamel Iddir a sans doute les mains liés et le verbe castré, il ne peut s?exprimer en toute liberté, obligation de réserve oblige, faisant du CA une sous administration ou quelque chose qui ressemblerait à un établissement public qu?il faut gérer avec le maximum de prudence et d?habilité pour ne pas fâcher, se maintenir et pourquoi pas, faire le grand saut vers des sphères plus conséquentes. Evidemment, être un Haut fonctionnaire de l?Etat aurait pu être une aubaine pour accélérer certains chantiers : un carnet d?adresse, des contacts ministériels importants. Malheureusement la mentalité fait défaut.
Ce fut donc une grossière erreur. Parce qu?elle a fait croire aussi à plusieurs que devenir président du CA était devenu à la portée de tout le monde, puisque de fait, elle n?était plus la propriété des grands barons et des fortunés. Dès lors nous avons assisté à la prolifération des présidentiables souvent de basse catégorie à travers les journaux, les cafés et les salons, de tout ceux qui croient avoir l?air, et qui n?ont pas l?air du tout, qui croient désormais en leur bonne étoile (sans jeu de mots) pour arracher le fauteuil tant convoité, et désormais démocratisé, accessible grâce au parachutage de Kamel Iddir.
Une grossière erreur, parce qu?elle a anéanti l?image de marque du président du Club Africain en tant de fonction. N?importe qui, disons par exemple un supporter vu à la télé, crâne rasé mais chauve aussi à l?intérieur de la tête, peut désormais pousser la porte du bureau du président, y entrer et parler, sympathiser. Ou encore cette scène terrible mais tellement significative : le président qui se fait interpeller devant sa voiture par un supporter en quête de billets, qui au lieu de passer par les agents concernés par la vente, fait un saut au septième ciel du gotha clubiste en le demandant au président. Ce dernier ayant expliqué qu?il ne pouvait rien faire, démarra sa voiture et quitta le parc. Par la suite le supporter s?en donna à c?ur joie à ses innombrables noms d?oiseaux, fustigeant Iddir, son métier, toute son ascendance et sa descendance y compris son sein maternel, et tout cela devant le silence complice et passif des gardiens du parc, des agents de sécurité et de quelques dirigeants. Un terrible coup à la fonction de président cette scène.
Une grossière erreur, parce que certaines règles du parcours de Kamel Iddir ont été appliquées à un club sportif et souvent très mal, comme ces discours stériles et pompeux, les méthodes de travail, la création de commissions dormantes, l?entourage fait d?hommes de paille, comme si le CA était une cellule du parti communiste soviétique, avec toute la bureaucratie, l?absurdité, la caducité et l?inefficacité que cela suppose. Ces règles disent aussi que l?intelligence moyenne des subordonnés doit être inférieure à celle qui les commande, une question de stature, de carrure et de pouvoir, on a vu souvent Iddir traîner avec son armada de serfs, ceux qui ne veulent pas fâcher, qui lèvent la tête jusqu'à l?usure avec le regard admiratif vers l?homme qui leur fait confiance. Des serfs souvent de la même école, bureaucrates, plus rusés qu?intelligents, qui en ne faisant rien ne compromettent rien. Telle est la cour du Roi, faite de bouffons, de complaisants et de bons à rien, quant à la gente per bene, ils se sont tous enfouis un par un, par manque de confiance, par déception ou dégoût.
Une grossière erreur parce que par les temps qui courent, chaque année qui passe est une perte de 5 ans sur nos concurrents, une perte de prestige pour le club. Kamel Iddir n?est pas l?unique responsable, il a mal géré une situation, et il l?a gérée selon ses moyens, la deuxième grossière erreur fut son maintien malgré tous ces paramètres, quelles sont les raisons alors ? N?est-ce pas absurde ? À qui profite son maintien ? J?y reviendrai la prochaine fois
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